Des travaux de l’équipe du Dr Jacques Drouin, à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), publiés dans la revue Stem Cell Reports, mettent en lumière le rôle clé de certaines cellules immatures de l’hypophyse dans le bon fonctionnement des hormones liées au stress. Cette découverte relie, pour la première fois, l’équilibre hormonal à l’organisation même des cellules dans l’hypophyse et décrit un nouveau type cellulaire qui pourrait aussi être impliqué dans la formation de tumeurs.
Au cœur du sujet
Les glandes surrénales produisent des hormones essentielles, les glucocorticoïdes, qui aident notamment l’organisme à répondre au stress et à réguler le métabolisme. Leur production est contrôlée par une hormone de l’hypophyse, l’ACTH. En retour, les glucocorticoïdes freinent la production d’ACTH : c’est ce qu’on appelle un mécanisme de rétroaction négative. Ce système d’autorégulation est fondamental pour maintenir l’équilibre du corps. Lorsqu’il se dérègle, il peut contribuer à des problèmes de santé importants, comme le syndrome métabolique.
Grâce à une technologie de pointe permettant d’analyser l’activité des gènes cellule par cellule (le séquençage de l’ARN à cellule unique), les chercheurs ont identifié un nouvel état cellulaire, qu’ils ont nommé les « pré-corticotropes ». Il s’agit de cellules en transition entre les cellules souches de l’hypophyse et les cellules spécialisées qui produisent l’ACTH.
Les chercheurs ont observé qu’en l’absence du frein exercé par les glucocorticoïdes, ces cellules précurseures se multiplient davantage, sous l’effet d’un facteur clé appelé Tpit. Ils ont également découvert un mécanisme de communication locale entre cellules, sensible aux glucocorticoïdes, impliquant une molécule appelée BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau). Ce signal joue un rôle important dans la mise en place, après la naissance, de la taille et de l’organisation de l’hypophyse.
Des conséquences importantes
En révélant l’existence de ces cellules précurseures et le signal qui guide leur transformation en cellules matures, cette étude d’envergure apporte un nouvel éclairage sur la façon dont l’hypophyse maintient l’équilibre avec les surrénales. Elle ouvre aussi la voie à une meilleure compréhension de certaines maladies hormonales et des tumeurs de l’hypophyse.
Ces travaux ont été financés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).
