COVID longue : l’équipe de la Dre Emilia Liana Falcone à l’IRCM ouvre de nouvelles pistes pour comprendre et traiter les symptômes persistants

COVID longue : l’équipe de la Dre Emilia Liana Falcone à l’IRCM ouvre de nouvelles pistes pour comprendre et traiter les symptômes persistants

Deux études menées à l’IRCM, reliant des perturbations de l’intestin et du système immunitaire à la COVID longue, suggèrent une cible thérapeutique potentielle impliquant la protéine BAFF.

Montréal, le 9 juin 2026 - Des travaux menés à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) par l’équipe de la Dre Emilia Liana Falcone, clinicienne-chercheuse et directrice de la Clinique de recherche post-COVID-19 (IPCO) de l’IRCM, apportent de nouveaux éléments de compréhension sur les mécanismes biologiques de la COVID longue.

Présentés dans deux manuscrits diffusés en prépublication, ces travaux s’appuient sur une cohorte clinique longitudinale développée à l’IRCM par l’équipe de la Dre Falcone depuis les débuts de la pandémie. En combinant le suivi de personnes atteintes de COVID longue, une biobanque, l’étude du microbiote intestinal et des modèles expérimentaux, l’équipe cherche à comprendre pourquoi certains symptômes persistent pendant des mois, voire des années, après l’infection initiale.

La COVID longue demeure une maladie complexe pour laquelle il n’existe toujours pas de traitement ciblé. Ces travaux proposent de nouvelles pistes biologiques pour comprendre certains symptômes persistants et orienter de futures approches thérapeutiques.

« Pour aider les patients et les patientes, il faut d’abord comprendre les mécanismes biologiques qui entretiennent la maladie. Nos travaux suggèrent que, chez certaines personnes, des perturbations du microbiote, de la barrière intestinale et du système immunitaire pourraient contribuer à maintenir l’inflammation et certains symptômes persistants », explique la Dre Falcone.

Une piste thérapeutique liée à la protéine BAFF

Dans une première étude, l’équipe décrit un lien entre l’altération de la barrière intestinale, l’augmentation de la protéine BAFF et une dérégulation prolongée des cellules B, des cellules du système immunitaire impliquées notamment dans la production d’anticorps.

Les résultats suggèrent que des perturbations du microbiote intestinal pourraient contribuer à fragiliser la barrière intestinale et à favoriser une activation immunitaire persistante. Dans des modèles précliniques, le transfert de microbiote provenant de personnes atteintes de COVID longue sévère reproduit certaines anomalies observées chez les patients et patientes, dont des signes de dérégulation immunitaire et d’auto-immunité. Le blocage de BAFF dans ces modèles atténue plusieurs de ces anomalies, ce qui en fait une cible thérapeutique potentielle à explorer davantage.

Cette piste demeure préclinique : elle ne signifie pas qu’un traitement est prêt à être utilisé chez les personnes atteintes de COVID longue. Elle fournit toutefois un cadre biologique pour de futures études visant à déterminer quels sous-groupes de patients et patientes pourraient bénéficier d’approches ciblant cette voie.

Mieux comprendre les symptômes neurologiques

La seconde étude s’intéresse aux symptômes neurologiques de la COVID longue, tels que les difficultés de mémoire ou de concentration et le « brouillard mental ». L’équipe y examine le rôle de petites particules libérées par les bactéries du microbiote intestinal, appelées vésicules extracellulaires.

Ces vésicules peuvent transporter des signaux biologiques capables d’interagir avec les cellules de l’intestin et du système immunitaire, et de contribuer à des phénomènes inflammatoires associés à l’axe intestin-cerveau dans les modèles étudiés. Les résultats suggèrent que des vésicules extracellulaires dérivées du microbiote de personnes atteintes de COVID longue peuvent contribuer à une inflammation intestinale, à une activation immunitaire et à des changements compatibles avec des manifestations neurologiques de la maladie.

Ensemble, les deux études renforcent l’idée que la COVID longue ne peut pas être comprise comme une maladie touchant un seul organe. Elles proposent plutôt un modèle dans lequel l’intestin, le microbiote, le système immunitaire et certains symptômes neurologiques peuvent être liés.

Une approche translationnelle développée à l’IRCM

Ces travaux sont issus du programme de recherche de la Dre Falcone à l’IRCM, qui réunit expertise clinique, biobanque, analyses immunologiques, étude du microbiote et modèles expérimentaux. La Clinique de recherche IRCM post-COVID-19 (IPCO), fondée et dirigée par la Dre Falcone, a permis de suivre des participants et participantes, et de relier leurs symptômes à des analyses biologiques approfondies.

Ces travaux reflètent l’apport d’une large équipe au sein du laboratoire de la Dre Falcone. Le premier manuscrit a été mené par Dre Kim Doyon-Laliberté, alors stagiaire postdoctorale dans le laboratoire, avec une contribution importante de Dre Johanne Poudrier, associée de recherche, au volet immunologique. Le second manuscrit a été mené par Matheus Aranguren, doctorant dans le laboratoire, avec la contribution de collaborateurs en neurobiologie, notamment l’équipe de Dr Thomas Durcan à l’Université McGill.

« La force de ce programme est de partir des personnes atteintes, de documenter leur trajectoire clinique et de retourner au laboratoire pour comprendre ce qui se passe biologiquement. C’est ce lien étroit entre la clinique et la recherche fondamentale qui peut nous rapprocher de solutions concrètes », souligne la Dre Falcone.

Des résultats prometteurs, mais à interpréter avec prudence

L’IRCM souligne que ces travaux sont actuellement diffusés sous forme de prépublications et n’ont pas encore complété le processus d’évaluation par les pairs. Les résultats doivent donc être interprétés avec prudence.

À ce stade, ils ne changent pas la prise en charge clinique de la COVID longue. Ils ouvrent toutefois des pistes importantes pour mieux définir les mécanismes de la maladie, identifier des biomarqueurs et concevoir de futures études thérapeutiques plus ciblées.

Financement et reconnaissances

Ces recherches ont été soutenues par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Fonds de recherche du Québec (FRQ), le Programme des chaires de recherche du Canada, la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), la Fondation de l’IRCM, ainsi que par la fondation J.-Louis Lévesque et la fondation Mirella et Lino Saputo. Des bourses et soutiens individuels ont également contribué à la formation et au travail de membres clés de l’équipe.

À propos de la Dre Emilia Liana Falcone

La Dre Emilia Liana Falcone est clinicienne chercheuse à l’IRCM, professeure agrégée de clinique à l’Université de Montréal et directrice de l’Unité de recherche sur le microbiome et les défenses mucosales. Spécialiste en maladies infectieuses, elle dirige la Clinique de recherche IRCM post-COVID-19 (IPCO), qui combine suivi clinique, biobanque et recherche mécanistique sur la COVID longue. Titulaire d’une Chaire de recherche du Canada de niveau 2 sur le rôle du microbiome dans les erreurs innées de l’immunité et les affections post-infectieuses, elle a également été élue à l’Académie canadienne des sciences de la santé à titre de leader émergente.

Retour à la liste des nouvelles

Infolettre

Découvertes,
évènements et plus

Je m’inscris

Fondation de l'IRCM

Faites partie de la
solution

Soutenir la recherche