Depuis plus d'un demi-siècle, l'IRCM contribue au développement et à la formation de générations de chercheurs et chercheuses qui font avancer la connaissance biomédicale. Chaque année, ils et elles sont nombreux à soutenir leur thèse, avant de partir vers d’autres cieux pour débuter leur carrière dans diverses sphères de la recherche en santé. Ces personnes de talents constituent la grande famille de l’IRCM à travers le monde, le Cercle IRCM.
Parmi elles, découvrez le Dr Zhenghai Tang, ancien étudiant au PhD au laboratoire du Dr. André Veillette, qui dirige désormais son laboratoire de recherche en Chine.
1. Parlez-nous de votre parcours à l'IRCM, de l'atmosphère d'apprentissage.
Au cours de mon doctorat, j'ai été profondément impressionné par les travaux pionniers du Dr André Veillette sur les points de contrôle immunitaires dans le cancer. Lorsque je me suis rendu dans son laboratoire pour un entretien, j'ai été frappé par le professionnalisme et la chaleur de l'équipe, ainsi que par les installations exceptionnelles de l'IRCM. Cela qui m'a confirmé que c'était l'environnement de recherche idéal pour moi. J'ai commencé ma formation postdoctorale à l’Institut en 2017.
Travailler dans le laboratoire du Dr Veillette a été une expérience enrichissante. Les membres du laboratoire m'ont apporté un soutien exceptionnel et le Dr Veillette était toujours disponible, ce qui m'a permis de trouver rapidement des réponses à mes questions et de collaborer à l'échelle internationale. L'environnement encourageait la pensée indépendante et m'a fourni un cadre propice à mon développement en tant que scientifique. L'accès à des plateformes exceptionnelles, notamment des installations pour animaux, la cytométrie en flux et la microscopie, a été inestimable pour mes travaux de recherches.
L'IRCM accueillait régulièrement des scientifiques de renommée mondiale, ce qui m'a valu d'être exposé à des idées diverses et d'avoir des échanges inspirants. Je suis reconnaissant du soutien financier de la Fondation de IRCM et de la Fondation Cole qui ont reconnu mon travail sur les réponses des macrophages au cancer. Ce soutien, combiné au mentorat du Dr Veillette, m'a amené à présenter mes travaux lors de conférences à Banff, en Nouvelle-Écosse et en Chine, entre autres.
2. Sur quoi portait votre recherche ?
L'exploitation du système immunitaire pour détruire le cancer est une stratégie thérapeutique prometteuse. Les macrophages, cellules immunitaires innées, peuvent engloutir et éliminer les cellules cancéreuses par phagocytose. Cependant, les tumeurs réussissent à échapper à ce processus en surexprimant le signal « ne me mangez pas » CD47, qui se lie au récepteur inhibiteur des macrophages SIRPa. Le blocage de l'interaction CD47-SIRPa a dévoilé un potentiel clinique.
Mes recherches ont révélé que SIRPa supprime la phagocytose des macrophages et l'immunité antitumorale non seulement en interagissant en trans avec CD47, mais aussi en se liant en cis à CD18 à la surface des macrophages. Les anticorps qui perturbent ces deux interactions démontrent une plus grande efficacité thérapeutique que ceux qui bloquent l'une ou l'autre seule. Cette découverte, publiée dans Science Immunology (2025) et mise en avant par Science (2025), indique que les interactions trans SIRPa-CD47 et cis SIRPa-CD18 doivent être prises en compte pour le développement de thérapies de nouvelle génération bloquant la SIRPa.
J'ai découvert, par ailleurs, que le CD47 supprime la phagocytose en « masquant » directement le ligand pro-phagocytaire SLAMF7 sur la même cellule tumorale. Nous avons développé un nouvel anticorps SLAMF7, le Z10, qui libère le SLAMF7 du CD47, améliorant ainsi l'élimination des cellules tumorales. Le Z10 présente une grande efficacité contre les cancers SLAMF7-positifs, en particulier dans le cadre de thérapies combinées, ce qui suggère son potentiel en tant que nouveau traitement pour les tumeurs malignes telles que le myélome multiple et le lymphome. Ces travaux ont été publiés dans Nature Immunology (2023).
Enfin, les macrophages ne phagocytent généralement qu'un nombre limité de cancers. En collaboration avec Dominique Davidson, j'ai démontré que l'augmentation des niveaux d'intégrines CD11c et CD11a pro-phagocytaires sur les macrophages élargit leur spectre cible. Ces travaux ont été publiés dans Cell Reports (2021).
3. Parlez-nous de votre expérience en tant que chercheur directeur de laboratoire au cours de la dernière année.
Ma transition vers le poste de chercheur principal à l'Université de Macao a été un nouveau chapitre passionnant. Même si la camaraderie quotidienne et le mentorat direct du laboratoire du Dr Veillette me manquent, je me consacre désormais à la constitution de ma propre équipe de recherche et à la création d'un environnement tout aussi favorable, rigoureux et collaboratif.
Je souhaite être aussi accessible à mes stagiaires que mon mentor l'était pour moi, et j’accorde une importante capitale à la réflexion scientifique fondamentale. Ma principale source d'enthousiasme réside désormais dans la définition de l'orientation unique de mon laboratoire et dans l'accompagnement de la prochaine génération, de l'idée initiale à la découverte complète.
C'est une profonde responsabilité, mais aussi un grand privilège, que de pouvoir m'appuyer sur les bases établies pendant mon séjour à l'Institut de recherche clinique de Montréal et de contribuer à la communauté scientifique par ce nouveau poste de direction.
