Une collaboration internationale menée par l’IRCM éclaire la recherche contre les futures pandémies.
De gauche à droite : Baptiste Coutaud, Majambu Mbikay, Annie Roy, Michel Chrétien
Montréal, le 29 avril 2026 — À l’heure où la communauté scientifique mondiale craint l’éclosion subite de prochaines pandémies, une équipe de recherche de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) poursuit la quête de nouveaux agents antiviraux issus de sources naturelles.
Dans une étude publiée début mars 2026 dans le prestigieux Journal of Natural Products de l’American Chemical Society (ACS), l’équipe scientifique dirigée par les Drs Michel Chrétien et Majambu Mbikay, du Laboratoire d’endoprotéolyse fonctionnelle de l’IRCM, identifie une nouvelle famille de molécules naturelles dotées d’une puissante activité antivirale, notamment contre le virus Ebola, et le SARS-CoV-2 responsable de la COVID 19.
Une énigme scientifique résolue après dix ans de travaux
Dès 2016, puis à nouveau en 2020, l’équipe de recherche de l’IRCM avait montré qu’un extrait végétal riche en isoquercétine, un flavonoïde présent dans plusieurs plantes, possédait une activité antivirale marquée en laboratoire. Toutefois, une question demeurait : cette action provenait elle réellement de l’isoquercétine elle même ou de composés présents en très faible quantité dans l’extrait?
Pour résoudre cette énigme cruciale, le Dr Majambu Mbikay et Annie Roy, assistante de recherche, tous deux de l’IRCM, ont entrepris la tâche herculéenne de trouver « l’aiguille dans le ballot de foin » , un travail qui a nécessité près de 30 mois de recherches intensives.
Ils ont pour cela établi une collaboration tripartite avec le Dr Guido F. Pauli, chimiste et grand spécialiste des produits naturels à l’Université de l’Illinois à Chicago et le Dr Logan Banadyga, directeur du département de virologie moléculaire du Laboratoire National de Microbiologie de Winnipeg.
Deux molécules rares, mais extrêmement actives
Grâce à des méthodes analytiques de pointe et à une approche rigoureuse guidée par des tests biologiques spécifiques, l’équipe a démontré que l’activité antivirale ne provenait pas de l’isoquercétine elle même, mais de deux composés triterpénoïdes auparavant inconnus, présents à seulement 0,4 % dans l’extrait analysé.
Ces nouvelles molécules, baptisées dicitriosides, se sont révélées jusqu’à 25 fois plus actives que l’extrait initial contre le virus de l’Ebola et le SARS CoV 2 en conditions expérimentales, montrant une efficacité à des concentrations pharmacologiquement accessibles.
« Cette découverte illustre à quel point des composés présents en quantités infimes dans la nature peuvent receler un potentiel thérapeutique majeur », explique le Dr Mbikay. « Elle rappelle aussi l’importance d’examiner en détail la composition réelle des produits naturels utilisés en recherche biomédicale. »
Une reconnaissance internationale
Les résultats ont attiré l’attention de la communauté scientifique internationale. L’ACS a sélectionné l’article comme l’un des meilleurs de la semaine, et en fait le 13 avril 2026, une manchette éditoriale dans leur magazine hebdomadaire C&EN News (Chemical & Engineering News), publication phare de l’ACS consultée chaque semaine par près de 300,000 scientifiques à travers le monde.
Une collaboration pancanadienne et internationale
Cette découverte sérendipitaire (fortuite) est le fruit d’une vaste collaboration interdisciplinaire entre l’IRCM, l’Université de l’Illinois à Chicago et le Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC/Winnipeg), équipé de laboratoires hautement sécuritaires pour manipuler les virus mortellement dangereux. L’étude a également bénéficié du soutien de l’ASPC (Canada), les NIH/NSF (USA), et plusieurs fondations : Richard et Edith Strauss (Montréal), Aclon (Genève), J.-Louis Lévesque (Montréal), Écho (Montréal), Lazaridis Family (Waterloo), Power Corporation du Canada (Montréal) et Notre-Dame de Zeitoun (Montréal).
Une contribution majeure qui aide à se préparer face aux prochaines pandémies.
« Bien que ces travaux soient encore précliniques, ils ouvrent des perspectives intéressantes pour trouver de nouveaux antiviraux à large spectre issus de produits naturels », affirment les auteurs. Mais, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
« Personne ne sait quand surviendra la prochaine pandémie, mais une chose est certaine : nous devons être prêts », souligne le Dr Michel Chrétien. « Ces résultats démontrent l’importance de la recherche fondamentale de longue haleine et de la collaboration internationale pour anticiper les défis de santé publique de l’avenir. »
